"C’est vrai que la chasuble lui arrivait aux genoux !" Eric Quintin sourit à l’évocation de l’arrivée de Léo Martinez au sein du pôle d’Istres. Une arrivée en forme de pari pour l’ancien Barjot, responsable du pôle, décidé à faire confiance au jeune homme, qui ne cadre alors pas vraiment avec les standards physiques habituellement réclamés par la Fédération française de handball. "Il devait mesure à peine 1,60m", se souvient le paternel, Frédéric. Une taille a priori rédhibitoire lorsque l’on est âgé de 14 ans. "C’était une petite crevette mais il avait cette sensibilité de joueur de handball. Il avait ce qu’il y a de plus important à mes yeux: l’intelligence de jeu et l’enthousiasme, explique Quintin. Et puis c’est vrai qu’en Provence, on a un repère qui s’appelle Michaël Guigou, un petit gabarit devenu l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du handball français."
Voilà donc Léo Martinez lancé sur la route de ses rêves. Un rêve Rouge et Noir inculqué par son père, champion de France avec Ivry, en 1983. "J’ai toujours suivi ce club depuis tout petit. J’ai toujours voulu vivre ce qu’avait vécu mon père qui m’en parlait beaucoup. Tout cela me fascinait", glisse le jeune homme, alors que le papa plaide coupable. "Chaque fois qu’Ivry venait jouer dans le coin, à Istres ou Nîmes, on allait voir les matches", sourit celui qui a emmené toute sa famille vivre dans le Vaucluse, du côté d’Apt. C’est du coup (presque) naturellement que le fiston pousse les portes du gymnase du SCO Avignon, à l’âge de 6 ans et demi. "Mais je n’était pas très chaud au début. Je faisais de l’athlétisme et c’est mon père et ma soeur qui m’y ont poussé", note Léo, qui ne quittera plus les parquets.
Conta: "Léo est toujours à la recherche du moindre challenge"
Des parquets sur lequel il évolue malgré un gabarit plus léger que la moyenne. "J’étais vraiment plus petit et c’est vrai qu’enfant, je le prenais comme un inconvénient mais je m’aperçois désormais que c’était aussi un avantage car je n’ai jamais rien eu facilement, j’ai toujours dû me battre. Tout ça a fait de moi un battant, et je ne lâche jamais rien", analyse le Vauclusien. Un caractère confirmé par ses proches. "C’est un joueur dans tous les domaines, toujours à la recherche du moindre challenge, explique Antoine Conta, son ami, ailier droit du côté de Massy. Par exemple, tous les étés on joue à un sport de raquette qu’ils ont inventé avec son père. On joue avec une balle en mousse, ça se joue beaucoup sur les appuis. Il ne perd jamais une partie, ce qui est particulièrement énervant pour nous…" "Léo a hérité du caractère de son père. Du coup quand les deux jouent l’un face à l’autre c’est assez… animé, rigole Bertrand Delhomme, son beau-frère, avant de soupirer. Mais Léo n’a pas perdu un match de l’été… sur une bonne centaine de matches disputés."
Un caractère accrocheur qui va lui permettre de continuer à avancer vers son rêve, celui de porter un jour le maillot d’Ivry. "J’ai fait un essai d’une semaine avec le centre de formation à ma sortie du pôle. J’étais encore le plus petit, ça a été dur, mais au final j’ai été pris", explique celui qui retrouve alors Daniel Hager, ami proche de son père et responsable du centre de formation. Nous sommes en 2011 et le jeune Léo Martinez va pousser jusqu’à 1,88m et peu à peu s’imposer au sein du club de ses rêves pour finalement décrocher son premier contrat pro en 2015. "Je pensais qu’il avait de l’avenir dans ce sport, mais de là à signer pro j’en doutais un peu. Mais il s’est accroché et a été récompensé", se réjouit son père. Parfois contraint de naviguer entre le poste d’ailier gauche et de demi-centre, l’ancien Avignonnais semble désormais s’installer dans le rôle de doublure de Vasja Furlan, au coeur du jeu.

"Comme avec Sebastien Simonet ces dernières années, il doit apprendre à son contact. C’est une année assez charnière pour lui et il a vu cet été des copains partir comme Thomas Zirn. Il sait que ça peut lui arriver. A lui de gagner du temps de jeu pour devenir un joueur que l’on a envie d’avoir dans son équipe", glisse Frédéric Martinez avant de laisser la parole à son fils. "J’ai vraiment envie de m’imposer dans cette équipe. J’ai des axes de travail bien précis pour gagner du temps de jeu, conclut-il. Je dois apprendre à être plus dangereux, à un peu moins jouer pour les autres et penser un peu plus à moi. Je dois aussi mieux gérer les rythmes de jeu et éviter de me précipiter sur certaines phases de jeu. Enfin, je dois aussi être plus solide défensivement." Une charge de travail pas vraiment à même de l’impressionner…
Benoît Conta
Crédit photos: Bertrand Delhomme